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Extrait d'une présentation (4 avril 2001) de Hubert CURIEN
Ancien Ministre de la Recherche, Président de l'Académie des Sciences


Respectueux de la tradition familiale, Yves MALIER est issu de la formation professionnelle. Il entre à l'ENSET de Cachan dont il ne suivra que modestement la première partie du cursus du département de mécanique, consacrant une autre part de son temps aux cours des options construction de l'Ecole Centrale et de l'Ecole Nationale des Ponts et Chaussées avant que René BASQUIN, le directeur de l'ENSET de l'époque, n'interrompe, à son entrée en 3e année, sa scolarité pour le charger de la création du département de Génie Civil de l'Ecole (1969).

Simultanément à cette nomination, sa thèse, commencée à l'Université Paris VI sous la direction du Professeur Henri PONCIN, fut, dès ses premiers résultats acquis, bouleversée par l'opportunité offerte par le Colonel BOURRIERES de développer une entreprise (la Société Oxybeton) et un laboratoire associé pour valoriser le procédé de découpage thermique par générations d'eutectiques et thermo-chimie que Yves MALIER venait de conceptualiser dans ses travaux de tout début de thèse (1968).

Après deux années de travaux réalisés pour la Défense Nationale, notamment à l'intérieur des P.C. "force de frappe" et des abris des sous-marins atomiques, cette entreprise et ce laboratoire ont travaillé sur de grands projets offshores, nucléaires, ponts, bâtiments industriels, travaux souterrains et sous-marins. Yves MALIER dirigea notamment les premières démolitions réalisées dans le monde de grandes structures précontraintes mono et tridimensionnelles (Paris, 1972)…. avant d'avoir droit à deux formes de reconnaissances de valeurs bien inégales : entreprise classée première mondiale de sa spécialité par l'American Concrete Institute en 1977, elle fournit (bien involontairement!) l'idée et les moyens techniques à M. SPAGIARRI pour réaliser le célèbre "casse de Nice".

Dans le même temps, ayant hérité de son père l'incapacité à dormir plus de 2 à 3 heures par nuit, Yves MALIER a continué de diriger le département de Génie Civil de l'ENSET proposant et obtenant, notamment, la création de l'agrégation de génie civil (1973) qui fut la première agrégation des disciplines technologiques créée en France (et d'ailleurs vite suivie des agrégations de génie mécanique, génie électrique, etc….). Bien sûr, Y. MALIER a poursuivi et terminé la préparation de sa thèse de Doctorat ès Sciences Physiques soutenue à Paris VI (1977).

Soucieux d'être plus disponible pour sa famille, Y. MALIER arrêta simultanément ses activités d’entrepreneur et ses fonctions de chef de département à Cachan (1977). Saisissant une opportunité ouverte à New York par la Banque Mondiale, il se lança, durant quatre ans dans un projet de développement d'écoles normales supérieures technologiques dans une quinzaine de pays d'Afrique (Algérie, Maroc, Tunisie, Sénégal, Côte d'Ivoire, Gabon, Cameroun, Zaïre, Tanzanie), d'Amérique Latine (Vénézuéla), du Moyen-Orient (Liban, Syrie, Jordanie) et d'Asie du Sud-Est (Viet-Nam, Cambodge, Indonésie). Parallèlement, il créa et dirigea, durant cette même période, le département de relations internationales de l'ENSET de Cachan et la cellule Formation des Professeurs à la délégation des relations universitaires internationales du ministère des Universités dirigée par M.-Y. BERNARD.

Dans le même temps, les travaux scientifiques d'Yves MALIER, toujours aux confins de la physique, de la chimie et de la mécanique, allaient le conduire à développer, dès 1981, de nouvelles perspectives relatives aux propriétés du béton. Ses premiers résultats scientifiques, joints à son expérience industrielle antérieure, amenèrent en 1982 Jean-Claude PARRIAUD, directeur du Laboratoire Central des Ponts et Chaussées à lui confier la direction de la division "Matériaux et Structures pour Ouvrages d'Art" où il lança des recherches, notamment :
  • sur les mécanismes de défloculation et d'empilements granulaires débouchant sur une nouvelle génération de bétons appelés par Y. MALIER dès les « Assises Nationales de la Recherche » en 1982, "bétons à hautes performances", concept et approches d'abord baptisés avec scepticisme par les américains "french approach", puis adoptés par l'ensemble de la communauté scientifique (thèses de F. de LARRARD et autres) puis par toutes les entreprises dans le monde
  • sur les couplages thermo-mécaniques liés à l'hydratation du ciment et sur leurs conséquences sur la fissuration locale et sur le comportement des ouvrages en béton (thèses de P. ACKER et autres)
  • sur les effets d'échelle dans les couplages BHP-fibres ouvrant le champ des bétons à ultra hautes performances (thèses de P. ROSSI et autres)
  • sur le comportement de structures, de types poteaux-poutres sous sollicitations cycliques dynamiques avec qualification de l'effet des fibres en construction parasismique (thèses DEL TORO et autres)

Parallèlement, Yves MALIER a dirigé (1985-92) le Projet National de Recherche "Voies Nouvelles du Béton", projet associant ministères en charge de la Recherche et de l'Equipement, grandes entreprises, industriels, maîtres d'ouvrages, laboratoires publics et privés.

En 1987, alors qu'il préparait son départ vers le groupe de responsables en charge des travaux du Tunnel sous la Manche, Paul GERMAIN, Jean-Jacques PAYAN et Gérard MONTEL l'ont incité à être candidat aux directions de l'Ecole Normale Supérieure et du Centre National d'Enseignement Technique de Cachan. Durant ces mandats à Cachan (1988-1995) où, à son arrivée, la recherche n'existait qu'en mécanique, il a pu obtenir la création de 11 laboratoires de recherche (dont 8 labellisés par le CNRS), le doublement du nombre des réussites à l'agrégation, la multiplication par 6 du flux des normaliens de Cachan en formation doctorale, la création de l'antenne de Rennes, l'ouverture massive du statut de normaliens aux élèves déjà diplômés d'un titre d'ingénieur et le démantèlement du CNET qui, à son arrivée à Cachan, gérait fort mal 24 antennes à Paris et en province regroupant près de 2800 fonctionnaires et fonctionnaires stagiaires dans une fédération complexe de cinq établissements.

Dans le même temps, titulaire de la chaire de "Béton Armé et Béton Précontraint" de l'E.N.P.C. (1985-99) et coresponsable d'un DEA international (crée en 1989) regroupant, outre l'ENS de Cachan et l'ENPC, l'EPF Lausanne et les Universités de Liège, de Sherbrooke et de Laval-Québec, Yves MALIER a continué d'enseigner et de diriger un programme de recherche sur les bétons à hautes performances.

Depuis 1995, son état de santé l'a conduit à un certain recul et une certaine sagesse. Aujourd'hui, Yves MALIER consacre une part de son temps à la direction d'un programme de recherche consacré aux bétons du futur que sont les "bétons auto-placants", programme associant dix laboratoires (CNRS et Universités) et une trentaine d'industriels notamment tous les leaders français et, pour certains européens ou mondiaux du B.T.P. et de l'industrie cimentière. Tous les experts considèrent que ces bétons, par leur rhéologie et leur thixotropie spécifiques, vont bouleverser l'avenir de la construction notamment en rendant les chantiers très silencieux et moins polluants, en réduisant considérablement, pour les ouvriers, la pénibilité de la mise en œuvre et en améliorant la qualité de l'aspect de surface des ouvrages.

Parallèlement, via l'Ecole Française du Béton, "école sans mur" qu'il a créée (1997) avec l'adhésion et l'appui de toutes les fédérations et syndicats professionnels du Secteur de la Construction et avec les ministères en charge de la Recherche et de l'Equipement, Yves MALIER effectue un véritable retour à ses sources personnelles en s'attachant, avec tous les partenaires du BTP, à développer, sur toutes les techniques innovantes issues de la recherche, des formations de proximité adaptées à tous les acteurs de la profession y compris aux plus modestes.

Nommé professeur à 35 ans, il devient professeur de 1ère classe à 39 ans et professeur de classe exceptionnelle à 44 ans.
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